Résumé:

À l’ère du numérique, la mort ne signifie plus nécessairement la disparition de l’image ou de la présence d’une personne. Photos, vidéos, publications, comptes sur les réseaux sociaux ou contenus générés par intelligence artificielle continuent d’exister bien après le décès, soulevant une question juridique de plus en plus sensible : comment protéger la mémoire des défunts dans un environnement numérique où tout peut être conservé, partagé ou détourné ?

L’analyse revient sur les limites du droit actuel face à ces nouvelles formes d’atteinte à la dignité post mortem. En droit français, la personnalité juridique disparaît en principe avec le décès. Pourtant, certaines protections subsistent indirectement à travers le respect dû au corps humain, à la mémoire des morts ou encore via l’action des proches lorsque leur propre préjudice est reconnu. Mais ces mécanismes apparaissent souvent insuffisants face à la viralité et à la permanence du numérique.

Les réseaux sociaux et les plateformes numériques ont profondément transformé cette problématique. Comptes commémoratifs, publications automatisées, réutilisation d’images anciennes ou créations générées par intelligence artificielle brouillent désormais la frontière entre hommage, exploitation commerciale et atteinte à la dignité. Des contenus représentant des personnes décédées peuvent circuler massivement sans réel contrôle, parfois hors de tout contexte, alimentant des phénomènes de désinformation, de harcèlement ou de manipulation émotionnelle.

L’article souligne également les difficultés rencontrées par les familles pour obtenir la suppression de certains contenus. Entre règles internes des plateformes, absence d’harmonisation internationale et complexité des procédures, les proches disposent souvent de moyens limités pour défendre la mémoire du défunt. Même lorsque des dispositifs existent, ils restent fragmentés et parfois inadaptés à la rapidité de diffusion des contenus numériques.

Face à ces enjeux, une réflexion juridique plus large semble nécessaire. Le développement de l’intelligence artificielle générative, capable de recréer artificiellement la voix, l’image ou même la personnalité d’une personne disparue, renforce encore l’urgence d’un cadre protecteur. L’objectif ne serait pas seulement de protéger des données, mais aussi de préserver la dignité humaine au-delà de la mort dans un espace numérique devenu quasiment permanent.

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